PREMIÈRES NATIONS De tout temps, le Québec maritime a été fréquenté pour la richesse de ses eaux, douce et salée. Les « chemins d’eau » que sont le fleuve et les nombreuses rivières du Québec maritime ont attiré sur le territoire trois communautés d’Amérindiens : les Malécites dans le Bas-Saint-Laurent, les Micmacs en Gaspésie ainsi que les Innus (autrefois appelés Montagnais) sur la Côte-Nord. Nombre de communautés autochtones préconisaient les rives du Saint-Laurent et, surtout, l’embouchure des rivières pour ériger leur campement. Ces endroits leur garantissaient une nourriture abondante et leur permettaient de se déplacer plus facilement entre le littoral et l’intérieur des terres, où ils se réfugiaient en hiver pour chasser et vivre en attendant le retour de la belle saison. Les recherches archéologiques effectuées sur la Côte-Nord ont permis d’y retrouver des traces de campements datant de plusieurs milliers d’années. Le Centre Archéo Topo, à Bergeronnes, vous fera revivre cette époque à travers 8 000 ans de paléohistoire. À la fin du XVIe siècle, Tadoussac était devenu un lieu stratégique pour le commerce des fourrures. Amérindiens et Européens s’y rencontraient pour troquer fourrures contre objets divers. Ce n’est donc pas un hasard si Pierre Chauvin de Tonnetuit y a fait implanter, en 1600, le premier poste de traite permanent des fourrures au Canada. Une réplique du Poste de traite Chauvin vous fait aujourd’hui découvrir cinq thèmes incontournables de l’histoire du Québec : la préhistoire, la rencontre de deux peuples, la traite, le commerce des huiles et le poste de traite. Pendant ce temps, de l’autre côté du Saint-Laurent, des Micmacs s’installent dans la baie de Gaspé et fondent le village de Gespeg, qui signifie « bout de la terre » dans leur langue. De là, ils entretiennent eux aussi des liens avec les Européens qui fréquentent les eaux du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent, notamment avec les pêcheurs en quête de poissons et d’huile de baleine. Aujourd’hui, sur le Site d’interprétation micmac de Gespeg, un village traditionnel micmac a été reconstitué et des guides-animateurs vous racontent leur histoire, leur vie et leurs coutumes au XVIIe siècle. |
PÊCHEURS BASQUES  En plusieurs endroits au Québec maritime, on trouve divers objets témoignant de la présence des pêcheurs basques aux XVIe et XVIIe siècles, notamment des vestiges de fours en pierres utilisés pour faire fondre la graisse de baleine. Plusieurs recherches prouvent en outre que bien avant la conquête du Nouveau Monde, les Basques sillonnaient déjà l’Atlantique Nord en quête de morue, d’huile de baleine et de fourrures. Leurs nombreux périples les auraient amenés jusque dans l’estuaire du Saint-Laurent, notamment dans l’archipel des îles Mingan et sur une petite île située en face de Trois-Pistoles, qu’on appelle aujourd’hui l’île aux Basques. En visitant le Parc de l’aventure basque en Amérique, vous en apprendrez davantage sur la présence des pêcheurs basques dans le Saint-Laurent. Les historiens rapportent également que Basques et Bretons fréquentaient les Îles de la Madeleine et leurs environs pour pêcher la morue et chasser la vache marine. Au XVIe siècle, ils auraient même employé des Micmacs pour se faire aider. |
JACQUES CARTIER En 1534, au nom du Roi de France, Jacques Cartier a officiellement pris possession de ce qui allait devenir le Canada. Son premier voyage se déroula presque exclusivement dans le Québec maritime, où il planta pas une, mais deux croix. Au XVe siècle, les grandes puissances européennes – l’Espagne, le Portugal, la France et l’Angleterre – amorcent leur conquête du Nouveau Monde. À cette époque, on cherche un passage plus rapide vers les Indes et leurs épices. Christophe Colomb découvre l’Amérique en 1492 au nom de la reine d’Espagne. Deux ans plus tard, un traité papal donne le Brésil au Portugal et le reste de l’Amérique à l’Espagne. C’est dans ce contexte que le roi de France, François 1er, commandite différentes expéditions vers les « terres neuves ». Il souhaite alors rééquilibrer cet injuste « partage du monde », trouver la route des Indes et s’approprier de nouvelles terres généreuses en or et autres richesses. En 1534, François 1er envoie Jacques Cartier explorer les « terres neuves ». Ce dernier se dirige d’abord vers le détroit de Belle Isle, qu’il connaît bien puisque les pêcheurs bretons s’y rendent depuis le début du siècle. Brest, aujourd’hui appelé Vieux-Fort en Basse-Côte-Nord, était en effet l’un des plus importants postes de pêche breton au Labrador. C’est non loin de là, dans une anse qu’il baptise Saint-Servan, qu’il prendra possession, pour la première fois, des terres de l’Amérique du Nord au nom du roi de France. Pour voir et visiter cette région nordique qui a accueilli, très tôt dans l’histoire, pêcheurs et explorateurs européens, embarquez-vous à bord de la desserte maritime du Relais Nordik. Cartier descend ensuite plus au sud. Il longe alors les Îles de la Madeleine, qu’il baptisera Araynes (« sable » en latin) lors de son second voyage, en 1536, remonte le long des côtes du Nouveau-Brunswick, puis pénètre la baie des Chaleurs dans l’espoir qu’il s’agisse enfin d’un passage vers l’Asie. Sur le chemin du retour, Cartier doit se réfugier dans la baie de Gaspé en raison du mauvais temps. Il y plantera une deuxième croix de bois sur laquelle on peut lire « Vive le Roy de France ». Le Musée de la Gaspésie, à Gaspé, vous présente la plus grande exposition jamais réalisée sur le premier voyage de Cartier. Revivez l'exploration du navigateur, qui a mené à la prise de possession officielle du pays au nom du roi de France, en 1534. |
NOUVELLE-FRANCE La prise de possession officielle de l’Amérique du Nord par Cartier, en 1534, marque le début d’une série de voyages exploratoires dans le Saint-Laurent, et le commerce des fourrures avec les autochtones en place prend de l’ampleur. Toutefois, la colonisation de la Nouvelle-France ne prendra son véritable envol qu’avec Samuel de Champlain, qui fonde Québec quelque trois-quarts de siècle plus tard. Près de 10 000 Français se sont établis dans la vallée laurentienne entre 1608 et 1760. Dès le début de la colonie, ils reproduisent ici un système de propriété du sol semblable à celui qui prévaut alors en France : le régime seigneurial. Les quelque 200 seigneuries octroyées durant le régime français bordent les deux rives du Saint-Laurent, entre Montréal et Québec, et atteignent même la Gaspésie. Le parc du Bourg de Pabos, en Gaspésie, relate la vie des pêcheurs de la seule seigneurie à exploiter commercialement la pêche sous le régime français. Pendant ce temps, les Îles de la Madeleine passent entre plusieurs mains sans qu'il y ait d'exploitation durable ni de colonisation véritable de sorte qu’à l’aube de la Conquête, les îles de la Madeleine sont toujours inhabitées. Quant à la Côte-Nord, elle fait alors l’objet de quelques missions exploratoires, notamment de la part de missionnaires transformés en coureurs des bois pour les besoins de l’évangélisation. Elle compte également un certain nombre de postes de traite tout le long de son littoral. Son peuplement ne débutera véritablement que beaucoup plus tard cependant. |
LA CONQUÊTE  Fin du XVIIIe siècle, les Anglais tentent par tous les moyens de s’approprier les terres de la Nouvelle-France. Les routes d’eau, les fourrures et les ressources maritimes, sont autant d’éléments qui font l’envie des Anglais. Au terme de cette Conquête, le visage du Québec maritime ne sera plus jamais le même. En 1713, l'Acadie est cédée à l'Angleterre. Très rapidement, il devient évident que les nouveaux dirigeants anglais n'ont aucune intention de respecter les libertés des Acadiens. Lorsque ces derniers refusent de prêter serment à la couronne britannique, en 1755, le gouverneur Charles Lawrence s'empare de la population désarmée, l'entasse sur des navires et la disperse par groupes dans les colonies américaines. Les familles sont déchirées, les enfants séparés de leurs parents et les maris de leurs épouses. C'est la déportation des Acadiens. Un millier d’Acadiens trouvent alors refuge dans la baie des Chaleurs, en Gaspésie. Aujourd’hui, 65% de la population de la Baie-des-Chaleurs est de souche acadienne. Le Musée acadien du Québec à Bonaventure raconte leur histoire empreinte de courage et de solidarité. En 1759, la ville de Québec tombe aux mains des Anglais, au terme d’un affrontement entre les troupes du général Wolfe et celles du marquis de Montcalm. L’année suivante, dans la baie des Chaleurs, en Gaspésie, un dernier affrontement naval entre les Français et les Britanniques marque la fin de la Conquête. C’en est fini de la Nouvelle-France et le Canada devient possession anglaise. Le Lieu historique national de la Bataille-de-la-Ristigouche expose les vestiges d´une frégate française du XVIIIe siècle et commémore cette dernière bataille pour la possession du territoire nord-américain. |
HISTOIRES DE PÊCHE Depuis des lunes, les ressources halieutiques, dont la morue, attirent les Européens dans les eaux du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent. Pêcheurs et marchands s’établissent le long de nos rives à partir du milieu du XVIIe siècle, mais le mouvement de colonisation sous le régime français demeure timide. À la suite de la Conquête, l’industrie de la pêche se développe davantage. La morue gagne en popularité et le nombre de postes de pêche se multiplie. Les marchands anglo-normands flairent la bonne affaire et établissent des postes de pêche autour de la Gaspésie ainsi qu’aux Îles de la Madeleine, drainant du même coup une importante main-d’œuvre dans la région. Entre 1766 et la fin du XIXe siècle, les marchands anglo-normands parviendront à instaurer un puissant monopole fondé sur le commerce de la morue où les pêcheurs sont à la fois fournisseurs et clients. Ce système d’avance et de crédit maintiendra la population locale dans un état de totale dépendance durant tout ce temps. Ainsi, tout commence avec Charles Robin qui, en 1766, établit le premier poste de pêche permanent, sur le banc de Paspébiac, dans la baie des Chaleurs. Le Boutillier Brothers Co., son plus proche compétiteur, l’imitera quelque 65 ans plus tard en implantant son siège social au même endroit, soit tout juste à côté des infrastructures de la Robin. Reconnu aujourd’hui comme une désignation d’importance nationale par Patrimoine Canada, le Site historique du Banc-de-pêche-de-Paspébiac compte 11 bâtiments ayant appartenu au siège social de ces deux plus importantes compagnies jersiaises. On peut entre autres y voir le plus gros bâtiment de bois d’Amérique du Nord, construit à la fin des années 1840. Le secteur de Percé bouillonne lui aussi d’activités. Plusieurs compagnies y établissent des postes de pêche, dont la Robin et la Le Boutillier Brothers Co. Le parc national de l’île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé raconte à sa façon quelques épisodes liés à ces deux compagnies. À proximité, soit à l’Anse-à-Beaufils, le Magasin général historique authentique 1928 vous transporte pour sa part dans l'ambiance originale du magasin général Robin, Jones and Whitman avec toutes ses boiseries de chêne chargées de marchandises des temps passés. Hyman et fils est une autre de ces compagnies. Elle acquiert son premier établissement de pêche à Grande-Grave en 1845. Pendant plus de 100 ans, ce site fut le témoin d’activités intenses, sous le contrôle omniprésent de deux puissantes compagnies de pêche. C’est là, entre autres, qu’on s’affairait à transformer la morue en produit salé-séché, la fameuse « Gaspé Cured », pour ensuite l’exporter en Italie, en Espagne et aux Antilles. Faites un bond dans le passé en visitant le magasin général Hyman et la maison Blanchet sur le site historique de Grande-Grave du parc national du Canada Forillon. Parmi les autres sites d’intérêt liés à l’histoire des pêcheries de la Gaspésie, ne manquez pas le Manoir Le Boutillier, construit en 1860 pour John Le Boutillier, un autre grand marchand de morue de l’époque. Une visite commentée de cette superbe demeure vous fera connaître une nouvelle facette de cette tranche d’histoire qui a marqué le développement du Québec maritime. Avec la crise économique des années 1930 et les changements de mœurs – le poisson frais ou congelé a gagné en popularité au détriment du poisson séché – les marchands anglo-normands, acculés à la faillite, ont vu la fin de leur règne arriver. |
MOSAÏQUE CULTURELLE Aux Autochtones, Français, Acadiens et Anglais établis dans le Québec maritime se sont ajoutés, au fil du temps, Québécois, Irlandais, Écossais et Basques en quête de terres nouvelles et de travail, en plus des quelques dizaines de naufragés restés au pays. Leurs différentes cultures s’entrecroisent encore aujourd’hui pour former une réalité culturelle riche et diversifiée. À l’origine, le peuplement du Québec maritime s’est principalement articulé autour de la pêche, comme en fait état la rubrique Histoire de pêche. Ainsi, aux Micmacs, Malécites et Innus (Montagnais) qui occupaient le territoire bien avant les Européens s’ajoutèrent les premiers colons français venus s’établir dans les seigneuries du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Suivirent, à compter de 1755, des Acadiens chassés de leurs terres par les Britanniques, puis, ironiquement, des Loyalistes anglo-américains fuyant les États-Unis pour rester fidèles à la couronne britannique lors de l’indépendance des treize colonies, en 1783. Il est à noter que la migration des Acadiens ne s’est pas limitée à la Gaspésie. Nombre de familles acadiennes ont dû se déplacer à quelques reprises afin de trouver une terre d’accueil qui leur convenait. C’est ainsi que plusieurs adoptèrent les Îles de la Madeleine, alors que d’autres préférèrent finalement la Côte-Nord. Blanc-Sablon, Natashquan, Havre-Saint-Pierre et Sept-Îles sont parmi les endroits qui ont accueilli ces familles sur la rive nord du Saint-Laurent. |
NAVIGATION  Le Québec maritime a vu des centaines de milliers de navires glisser sur le dos du Saint-Laurent, non sans risque. Alors que certains malheureux y ont carrément perdu la vie, d’autres ont enfin pu compter sur l’aide précieuse et bienveillante des pilotes et des phares. Déjà au temps des premières nations, le Saint-Laurent s’imposait comme l’une des principales voies de transport. Avec l’arrivée des Blancs, cette fonction n’a fait que s’intensifier, favorisant les échanges commerciaux avec l’Europe ainsi que le transport des personnes et des marchandises. Son importance est telle qu’il est au cœur du développement de tout un peuple. Aujourd’hui encore, près de 80 % de la population québécoise vit à proximité du fleuve et cette proportion est encore plus importante dans le Québec maritime. En revanche, naviguer sur le Saint-Laurent a longtemps été une entreprise périlleuse. L’étroitesse de la voie navigable, les courants, les vents, le brouillard et les hauts-fonds ont déjoué des milliers de navigateurs, même parmi les plus aguerris. Entre 1856 et 1866 seulement, pas moins de 700 naufrages ont été recensés au large des côtes du Québec maritime. Plusieurs épaves, anciennes et plus récentes, peuvent encore être observées sur nos côtes, aux Îles de la Madeleine et à l’île d’Anticosti notamment. La Côte-Nord possède sur son littoral les trois épaves les plus anciennes de l’histoire du nouveau monde, dont la plus ancienne de tout le Québec, celle d’un navire de la flotte de l’amiral William Phips – le Elizabeth and Mary – venu attaquer Québec en 1690. Pour en apprendre davantage sur celle-ci et sur les multiples naufrages survenus dans le golfe et dans l’estuaire du Saint-Laurent, un arrêt s’impose au Centre national des naufrages du Saint-Laurent de Baie-Trinité. Le Site historique maritime de la Pointe-au-Père, dans le Bas-Saint-Laurent, est aussi un attrait incontournable pour qui s’intéresse à ce sujet. On y raconte la tristement célèbre tragédie du transatlantique Empress of Ireland, dont le naufrage fit 1 012 victimes en 1914. Apprenez tout sur ce navire depuis sa construction en 1906. Devant les dangers que représentaient les eaux du Saint-Laurent, le gouvernement de la province du Bas-Canada créa, en 1805, la Quebec Trinity House afin de mettre en place un réseau d’aides à la navigation sur le fleuve. C’est ainsi qu’une série de phares furent construits aux endroits jugés stratégiques, c’est-à-dire principalement dans le Québec maritime. De nos jours, les pilotes, bouées, radars et GPS ont rendu ces sentinelles dérisoires, voire inutiles. Elles demeurent en revanche des témoins importants de notre histoire et des emblèmes de notre patrimoine maritime. Aussi, presque une vingtaine d’entre eux ont trouvé une nouvelle vocation, touristique la plupart du temps. La route des Phares du Québec maritime constitue une façon unique de découvrir une facette captivante de notre histoire. |
GUERRES MONDIALES Le positionnement stratégique du Québec maritime en a fait un acteur important durant la guerre. Pendant la Seconde Guerre, par exemple, la présence de torpilleurs allemands dans les eaux du Saint-Laurent a forcé les autorités à mettre en place des mesures de protection concrètes et toute la population riveraine a été mise à contribution. Les deux grandes guerres mondiales ont certes marqué l’histoire du Québec maritime. Revivez cette époque à travers la vie de l’une des femmes les plus célèbres de son temps au Site Mary Travers dite : « La Bolduc ». La bataille du Saint-Laurent, durant la Deuxième Guerre mondiale, a aussi laissé davantage de traces dans le Québec maritime, particulièrement autour de la baie de Gaspé. Le Musée de la Gaspésie et le secteur Fort Péninsule du parc national du Canada Forillon vous livrent les secrets des activités militaires qui se sont déroulées dans le golfe du Saint-Laurent pendant ces années d’hostilités. |