Le blogue du Québec maritime

Ces gens qui protègent la faune à leur manière
  • Marc Loiselle / Tourisme Côte-Nord - Manicouagan

Ces gens qui protègent la faune à leur manière

Portraits d’acteurs de changement

« On aime ce qui nous a émerveillé, et on protège ce que l'on aime. »

- Jacques-Yves Cousteau, explorateur océanographique
(France-sur-Mer : Un empire oublié, 2009)

Quand on s’imagine un instant partir explorer la nature immense des régions maritimes du Québec, il nous vient tout de suite à l’esprit cette faune si riche et omniprésente. De nombreuses espèces sauvages habitent dans nos régions et font face à leur lot d’enjeux et de défis qu’apporte le monde moderne. Des gens passionnés nous donnent accès à cette vie sauvage, tout en portant un message important. Découvrez le portrait de ces personnes inspirantes qui font une différence!

Un bel exemple d’écotourisme

Au début des années 80, Jean Bédard découvrait, en effectuant des travaux de recherche, la présence d’une ressource faunique extrêmement intéressante sur des îles au large de Rivière-du-Loup, dans la région du Bas-Saint-Laurent. Avec quelques amis biologistes, il fonda la Société Duvetnor, qui a pour mission de protéger l’île aux Lièvres, l’archipel des Pèlerins et les îles du Pot à l’Eau-de-Vie. « Il n’y a pas beaucoup d’endroits où les oiseaux aquatiques, en particulier les eiders à duvet et les espèces qui nichent avec eux, comme les petits pingouins et les guillemots à miroir, sont aussi bien protégés que dans l’estuaire du Saint-Laurent. », affirme-t-il.

La conservation, l’éducation et la recherche sont au cœur de la mission de Jean et de son équipe. Pour y arriver, ils comptent sur la récolte du duvet d’eider (de quelques centaines à quelques milliers de couples nichent dans ce secteur chaque printemps). « On a fait la preuve que la récolte de duvet se fait dans un cadre très encadré et respectueux. On a appris à le nettoyer, à le mettre en marché, à perfectionner nos techniques. Et puis on a récolté une montagne d’informations techniques qui nous permettent d’élaborer un plan de gestion pour les eiders dans tout l’est de l’Amérique », explique le biologiste de formation. Les bénéfices économiques tirés de cette exploitation sont donc réinvestis pour garantir à l’eider la protection de son habitat de nidification. Un partenariat extraordinaire entre l’humain et l’animal, comme on en voit rarement.

Pour Jean, qui a toujours aimé partager sa passion avec les autres, le volet éducatif est primordial. Des séjours sur l’île aux Lièvres et sur l’île du Pot à l’Eau-de-Vie, ainsi que des excursions en mer autour des îles avec des naturalistes permettent aux visiteurs de prendre conscience de toute cette richesse et de la fragilité des écosystèmes : « On les abreuve de conseils sur la façon de se comporter sur les îles, sur la responsabilité par rapport à la consommation d’eau, d’énergie. Est-ce que ça a une portée une fois de retour à la maison? Peut-être qu’on a un impact… On le souhaite! »

La photo et les réseaux sociaux pour sensibiliser

Avant 2016, Éric Deschamps avait un rythme de vie effréné à Montréal, et n’avait pas vraiment de contact avec la nature. En achetant son premier kayak, il amorça une grande réflexion qui le mena à un déménagement en Gaspésie.

« Quand je suis arrivé ici, je n’avais jamais vu d’animaux sauvages de ma vie. À ma première rando dans le parc national de la Gaspésie, sans attentes, j’ai rencontré mes premiers orignaux, qui ont bouleversé tout mon cheminement. Parce que j’ai vu en eux quelque chose de tellement serein, calme, résilient, adapté à leur entourage. Des concepts que je n’avais jamais mis de l’avant dans ma propre vie! » raconte-t-il. C’est donc cette rencontre qui a contribué à son désir de montrer au public toute la beauté du monde animal, et par le fait même, l’importance de le protéger.

Aujourd’hui, Éric est photographe de nature sauvage et partage presque quotidiennement ses sorties avec sa communauté sur les réseaux sociaux. « Beaucoup de gens pensent que tout est acquis, que tout est stable, qu’on peut consommer la nature comme on consomme du fast food. C’est ça la mentalité que j’essaie de faire changer. » souligne le photographe, qui donne aussi des conférences dans les écoles et les clubs d’ornithologie.

Aux visiteurs qui prévoient explorer nos grands espaces, voici ce qu’il a à dire : « Que ce soit sur le bord de la mer, dans un champ, sur un sentier ou à bord d’un kayak, on doit entrer en nature comme on entrerait dans un grand lieu de culte, une cathédrale, et où on doit tout le respect du monde. Ce que j’aimerais, c’est que les gens se sentent à leur réelle place, c’est à dire vraiment petits dans cette nature-là. »

Le rôle primordial de la recherche et du travail de collaboration

Robert Michaud est arrivé dans le secteur de Tadoussac, en Côte-Nord, au début des années 1980 en tant que naturaliste sur les bateaux de croisière d’observation des baleines. Ce qui ne devait être qu’un emploi d’été a littéralement changé sa vie. Il fonda en 1985 le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) dont il est encore aujourd’hui directeur scientifique. « On travaille à étudier et à comprendre les baleines, à les faire connaître et à les faire apprécier pour mieux les protéger, mais aussi pour mieux protéger le Saint-Laurent. », explique Robert.

Un des grands volets du GREMM est le travail en étroite collaboration avec l’industrie des croisières aux baleines pour former les capitaines et les naturalistes. Des assistants de recherche montent également chaque été sur les bateaux d’excursion : « Il y a un échange avec cette activité touristique économique importante, qui a une grande valeur pour l’éducation, et qui s’implique aussi dans la recherche scientifique. », mentionne celui qui a contribué à mettre en place l’Alliance Éco-baleine, pour une pratique responsable des activités d’observation dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.

En plus du travail de terrain, Robert prend un réel plaisir à entrer en contact avec le public, lui raconter des histoires de baleines et ainsi le sensibiliser aux grands enjeux du Saint-Laurent. « Il faut se reconnecter avec la nature. On partage la planète avec des espèces extraordinaires et un de mes défis personnels, c’est d’aider les gens à le réaliser. Si on a cette connexion-là, on peut adopter de meilleurs comportements. »

Une fenêtre sur la vie sous-marine

Étant natif des Îles de la Madeleine, Mario Cyr avait la certitude qu’il travaillerait sur l’eau, soit comme pêcheur ou aquaculteur, mais c’est en plongée, à l’âge de 16 ans, qu’il comprit que son métier, il l’exercerait plutôt sous l’eau. Aujourd’hui, il est cameraman et photographe sous-marin, explorateur et conférencier. Ses voyages dans plus de 80 pays et sa participation à de nombreux documentaires lui ont fait découvrir une faune incroyable. « J’ai toujours été attiré par les animaux, mais le grand déclenchement a eu lieu en 1991, quand je suis allé dans l’Arctique pour la première fois. J’ai vu des morses, des narvals, des bélugas, des ours polaires. Après ça, mon amour pour ces mammifères-là m’était collé à la peau. » confie Mario, qui collabore notamment avec National Geographic.

Il va sans dire que la faune des Îles de la Madeleine fascine aussi ce mordu, que ce soit les oiseaux marins, une passion qui lui vient de son père, ou bien entendu les phoques qui fréquentent les eaux entourant l’archipel, notamment les blanchons en hiver.

En plongeant depuis toutes ces années dans différents coins de la planète, Mario est aux premières loges pour constater les impacts du réchauffement climatique : « Avec les changements climatiques, la température des eaux augmente, ce qui fait que tout ce qu’il y a dans le milieu marin change d’endroit. Il faut comprendre que les humains fonctionnent avec des heures et des dates, mais les animaux marins, c’est avec la température de l’eau. ». Selon lui, l’environnement devrait tenir une place beaucoup plus importante dans notre société, puisque l’humain est un maillon de la chaîne et, quand une espèce disparaît, ça nous affecte tous.

Il se fait donc un devoir de donner accès à cet univers aux gens grâce à sa lentille et ses conférences. « Plus on côtoie les animaux, plus on va en apprendre sur eux, plus on va apprendre à les aimer et plus on va vouloir les protéger. C’est une roue qui tourne tout ça. » affirme Mario.

  • Consultez le site lesyeuxdelamer.com pour en connaître davantage sur le travail de Mario.

 

Impossible de rester indifférent face à toute la beauté que dégage la faune sauvage. Et ces gens en sont la preuve! Continuez de vous informer sur les espèces qui habitent nos régions et sur les façons de contribuer à leur protection.

Auteur Marie-Eve Lagacé

Gaspésienne d’origine, Marie-Eve Lagacé adore l’écriture autant que son coin de pays! Imaginez la joie qu’elle ressent alors qu’elle peut combiner les deux en tant que responsable du blogue du Québec maritime! Ses sujets de prédilection? Les gens, la culture locale et les trésors insoupçonnés, voire insolites, que cachent nos régions. Bien qu’elle soit plus du type à relaxer avec un petit café et un bon livre, elle aime aussi se balader à la découverte de nouveaux paysages, ou encore nager avec les saumons de la rivière Matapédia!

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(2) commentaires

Claire Turcotte

J'ai beaucoup appris en vous lisant. Merci pour ce documentaire et continuer votre beau travail à nous faire connaître ces gens de coeur qui nous enseigne qu'il faut protéger et aimer ce que l'on a de plus beau sur terre.

Yazoghli fatma

Je suis admirative par ce que vous entreprenez